Patricia Lortie est née au Québec, où elle a étudié le design industriel et l’administration des affaires. En 1995, elle s’installe à Calgary, où elle fait des études à l’Université des arts de l’Alberta. Sa pratique inclut la peinture, la sculpture, l’installation, l’art public et l’enseignement des arts.

 

Élevée par des parents amoureux de la nature et qui encourageaient une grande liberté, Mme Lortie a pu explorer à sa guise le monde naturel et entrer en communion avec celui-ci. Le chalet familial de son enfance, situé sur la berge d’un affluent du lac Saint-Pierre, a permis une rencontre intime et soutenue avec l’eau et la forêt. L’artiste y a développé les fondements de son univers visuel, sensoriel, émotionnel et intellectuel. 

 

Aujourd’hui, elle continue de s’appuyer sur ses interactions avec le monde naturel pour nourrir ses explorations artistiques.

Patricia Lortie

                           

« Les gardiens » est une installation qui utilise la forêt comme métaphore visuelle afin d’explorer les concepts de soi et de communauté. Elle est constituée de sculptures en carton recyclé accompagnées d’une projection vidéo. Elle offre ainsi au visiteur un environnement tridimensionnel au cœur duquel il peut se promener, comme en forêt.


L’expérience du monde naturel est à la source de mes projets artistiques. Observer et ressentir le monde m’offrent des pistes me permettant de commencer à comprendre l’expérience humaine; la mienne, la nôtre. 


La forêt, qui apparaît composée d’entités autonomes (les arbres et le soi) est en fait une communauté interdépendante, qui partage de la nourriture et des informations telles que le dioxyde de carbone, l’eau, les signaux de défense et les hormones. Chaque membre contribue à sa communauté de façon essentielle et est dépendant des autres membres. Ce constat est le point d’appui de ma réflexion sur notre propre sentiment d’identité individuelle et collective. 


Les sculptures, par leur taille et leur verticalité courbée, évoquent les arbres. La projection vidéo, pour sa part, invite les humains dans cet environnement. Ils traversent la forêt sans laisser de traces, ce qui souligne la nature éphémère de notre existence. L’image projetée est en fait composée d’une multitude de corps humains qui se déplacent collectivement dans un mouvement souple rappelant les courbes des sculptures. Chacun des corps représente un individu, le soi, et la vague qu’ils forment représente une communauté. L’espace occupé par chaque corps est déterminé par celui de ses voisins, un concept qui illustre la place de l’individu dans une communauté, le rôle qu’il y joue et la limite de son autonomie réelle.

 
Dans cette exposition, j’approfondis ma réflexion sur la relation entre les concepts de communauté et de soi. L’importance de se poser des questions sur la manière dont l’espèce humaine aborde l’identité individuelle et collective me semble essentielle à cette époque en proie à de grands défis, où un individualisme extrême engendre des coûts disproportionnés pour les communautés.

 

Les gardiens / The Keepers